Vous pensez connaître les bourdons parce que vous les voyez butiner ? Attendez de découvrir qu’ils ne se contentent pas de voler. Ils peuvent littéralement pousser les plantes à fleurir plus tôt en pratiquant de toutes petites incisions dans les feuilles.
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Une découverte qui a étonné les scientifiques
Des chercheurs ont observé des bourdons en train de percer les feuilles de plantes sans fleurs. L’équipe, menée par Consuelo De Moraes et Foteini Pashalidou, a publié ses résultats dans Science. Les spécialistes ont d’abord réagi avec surprise. C’était pour eux une découverte inattendue et fascinante.
Que font exactement les bourdons ?
Les ouvrières de Bombus terrestris réalisent cinq à dix minuscules incisions par plant. Elles ne semblent pas emporter les morceaux de feuille. Elles ne les mangent pas non plus. Pourtant, après ces petites piqûres, les plantes se mettent à fleurir bien plus tôt que d’habitude.
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Résultats chiffrés : combien d’avance ?
Dans les expériences en serre, les plants de moutarde noire ont fleuri environ deux semaines plus tôt. Les plants de tomates ont fleuri jusqu’à un mois plus tôt. Ces avancées se produisent surtout quand le pollen est rare, par exemple au début du printemps ou dans des conditions confinées.
Le rôle du manque de pollen
Les scientifiques ont comparé des colonies nourries au pollen et des colonies privées de pollen. Les ouvrières bien nourries n’endommagent presque pas les feuilles. Celles qui manquent de pollen le font activement. Cela laisse penser que l’action vise à obtenir des fleurs — et donc du pollen — plus vite.
Preuves en extérieur et diversité des espèces
Pour écarter l’effet d’un laboratoire, l’équipe a installé des colonies et des plants sur le toit de Zurich au printemps 2018. Les bourdons ont touché principalement les plantes les plus proches de leurs nids. L’activité décroît ensuite, quand les fleurs apparaissent naturellement. Les chercheurs ont aussi constaté l’intervention d’autres espèces, comme B. lapidgrius et B. lucorum, dans leur parcelle.
Comment ces piqûres provoquent-elles la floraison ?
Les mécanismes exacts restent inconnus. Quand les chercheurs imitent les piqûres avec une pince ou un rasoir, les plantes fleurissent plus tôt, mais moins vite que face aux véritables bourdons. Cela suggère que les insectes ajoutent peut-être un élément chimique ou odorant.
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Les auteurs évoquent l’hypothèse d’un signal biologique, peut‑être issu d’une glande salivaire. Si c’est le cas, les bourdons utiliseraient un signal pour déclencher la réaction de la plante.
Pourquoi c’est important
Cet échange apparent entre insectes et plantes pourrait expliquer une forme de communication très fine. Les bourdons disent en quelque sorte : « Nous avons besoin de nourriture. Faites fleurir et nous vous polliniserons. »
En période de désynchronisation due au changement climatique, ce comportement devient crucial. Les pollinisateurs émergent parfois avant la floraison des plantes. La capacité d’accélérer la floraison représente un avantage pour les bourdons et peut-être pour les plantes.
Implications pour l’agriculture
Si l’on comprend mieux le signal déclencheur, l’agriculture pourrait en tirer profit. Stimuler la floraison de certaines cultures plus tôt pourrait améliorer les rendements. Mais il reste beaucoup à vérifier avant d’envisager des applications pratiques.
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Les questions qui demeurent
- Pourquoi les incisions déclenchent-elles exactement la floraison ?
- Le gain de temps profite-t-il réellement à la plante en termes de reproduction ?
- Ce comportement est-il répandu chez les plus de 250 espèces de bourdons dans le monde ?
Une leçon d’observation
Cette découverte rappelle que l’observation minutieuse peut révéler des comportements inconnus. Foteini Pashalidou a remarqué l’anomalie en regardant des plantes qui n’étaient pas encore en fleurs. Simple et puissant.
Vous regarderez probablement vos bourdons d’un autre œil la prochaine fois. Ils ne sont pas seulement des butineurs. Ils semblent aussi capables d’influencer le calendrier même de la floraison.


